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Musique | 45 ans plus tard, voici pourquoi le thème musical des « Dents de la mer » inspire toujours la terreur

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Depuis la sortie du film Les dents de la mer il y a 45 ans, le célèbre thème musical du compositeur John Williams est devenu un symbole sonore pour indiquer la présence d’un danger ou d’une menace. Il suffit de deux notes, et le stress monte.

Comment est-ce possible ?

Scène d’ouverture du film Les dents de la mer, de Steven Spielberg, sorti en 1975. ».

De La chevauchée des Walkyries de Wagner dans la scène d’hélicoptères du film de guerre Apocalypse Now, de 1979, à l’interprétation de la chanson As Time Goes By par Dooley Wilson dans le film de 1945 Casablanca, les directeurs musicaux ont montré leur talent pour manipuler les émotions des spectateurs grâce à la musique de film.

Le public comprend de mieux en mieux comment tout cela fonctionne. C’est d’ailleurs ce qui rend aussi efficace un des moments les plus drôles du documentaire This Is Spinal Tap, lancé en 1984. On entend une très jolie et triste mélodie pour piano, jouée en ré mineur, que le pianiste appelle « la plus triste des tonalités », puis on s’esclaffe quand il révèle le titre totalement incongru et à connotation sexuelle de la pièce.

Le personnage de Nigel Tufnel, interprété par Christopher Guest, joue ici Lick my Lovepump (qu’on peut traduire par « Lèche ma pompe d’amour ») dans This is Spinal Tap.

Une bande-annonce remaniée du film Shining, de Stanley Kubrick, réinvente le classique de l’horreur en le transformant en comédie romantique familiale grâce à une nouvelle trame sonore. Ici, l’humour naît de la compréhension musicale.

Des requins, des dinosaures et de l’inconnu

Les musiciens et les compositeurs sont conscients que les tonalités mineures sont généralement associées à la tristesse ou à des émotions graves. Mais le motif de deux notes du thème des Dents de la mer fait fi de la distinction entre majeur ou mineur pour nous emporter dans un territoire moins familier.

Le musicien Chilly Gonzales explore l’effet des tonalités majeures et mineures en transposant, entre autres, la chanson Happy Birthday.

Dans Les dents de la mer, Williams utilise un mode musical particulier (en fait, une suite de notes, ni en majeur ni en mineur) qui donne aux spectateurs le sentiment de ne pas savoir ce qui s’en vient. Les deux notes forment un intervalle de seconde mineure, qui semble incomplet et grave, et laisse le public dans l’anticipation. C’est en bonne partie ce qui rend le thème si inquiétant.

Steven Spielberg, réalisateur des Dents de la mer, raconte ne pas avoir compris le concept musical de Williams quand celui-ci le lui a présenté pour la première fois. La suite de deux notes engendre un sentiment d’anxiété : on veut davantage d’informations, on sait que quelque chose s’en vient, et cela se révèle être un gros poisson affamé.

L’instrumentation et les arrangements de William fournissent un contexte à ces deux notes. Les changements de tempos et les rythmes concurrents contribuent à créer un effet similaire à celui du ballet Le Sacre du printemps du compositeur russe Igor Stravinsky.

Le compositeur John Williams a su utiliser la relation entre musique et émotions avec une grande efficacité pour ses bandes originales de film. Sur cette photo, on le voit sur le tapis rouge lors de la remise d’un prix de l’American Film Institute pour l’ensemble de son œuvre, en 2016, au Dolby Theatre de Los Angeles.
Invision/AP/Chris Pizzello

Quand la musique nous manipule

Les compositeurs savent depuis longtemps que la musique influence l’état d’esprit de celui qui l’écoute. La musicienne médiévale Hildegard von Bingen a composé de nombreuses pièces pour inspirer la contemplation et la spiritualité. Dans les années 1700, Georg Friedrich Haendel a composé des musiques exaltantes et qui portent à la dévotion.

Dans ces deux exemples, on comprend le message de manière tacite et on ressent une émotion. L’utilisation d’éléments musicaux tels que la tonalité (majeure, mineure ou autres), le tempo et les nuances rendent le message clair, tout comme pour le thème des Dents de la mer.

On s’inspire souvent de son humeur du moment pour faire un choix musical. L’émission Why Factor de la BBC a exploré l’idée contre-intuitive qu’on écoute de la musique triste pour se sentir mieux. Ces scientifiques sont arrivés aux mêmes conclusions que Daniel Levitin, professeur émérite de l’Université McGill, qui a écrit qu’écouter de la musique triste peut faire naître un sentiment de solidarité : « Vous n’êtes désormais plus seul au bord de la falaise. »

Musique et santé

Depuis que la science a pris conscience du lien entre émotions et état physique, on a cherché à utiliser la musique pour guérir l’esprit et le corps. Dès les années 1900, des scientifiques ont étudié la relation entre la musique et les états émotifs et physiologiques. Des thérapeutes utilisent la musique pour stimuler l’esprit et faciliter la communication chez des personnes atteintes de démence. D’autres ont recours à la musicothérapie pour lutter contre la maladie mentale. Malheureusement, des gens s’en servent aussi pour la provoquer.

La capacité de la musique à nous toucher et à influencer nos émotions est indéniable. Qu’il s’agisse de se divertir, de guérir, d’éveiller le nationalisme ou simplement de se sentir mieux ou autrement, la musique peut avoir un puissant effet.

Cependant, quelles que soient les conventions musicales en jeu et les intentions du compositeur, la musique ne touche pas tout le monde de la même façon. Ce qui emballe les fans de Missy Elliott peut irriter ceux de Yo-Yo Ma. La clé pour exploiter le pouvoir de la musique est de trouver ce qui fonctionne pour vous.

Quarante-cinq ans plus tard, le thème des Dents de la mer de John William nous accompagne encore, surtout lorsqu’on est dans une situation désespérée. J’ai hâte au moment où nous nous sentirons moins comme dans Les dents de la mer et davantage comme dans La guerre des étoiles.

John Williams qui dirige le thème de La guerre des étoiles, en 1984.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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